Un château baroque tourné vers l’avenir
D’abord, leur atelier allait à la rencontre des jeunes. Aujourd’hui, Christian Zöllner et Sebastian Piatza transforment un château baroque vieux de près de 300 ans en un lieu où les jeunes pourront prendre le temps de fabriquer, créer et expérimenter.
OBERLICHTENAU/DRESDE – Un bus noir à impériale parcourt la Haute-Lusace. À l’intérieur, pas de groupes de touristes. On y trouve des imprimantes 3D, des ordinateurs et d’autres équipements qui permettent aux jeunes de programmer, d’essayer la réalité virtuelle ou de découvrir la robotique.
C’est le FABMOBIL. « Fab » vient de « fabrication ». Un FabLab est un atelier où l’on conçoit et fabrique des objets à l’aide d’outils numériques. Avec le FABMOBIL, l’atelier a reçu des roues : depuis 2016, Christian Zöllner et Sebastian Piatza apportent ainsi la technologie aux jeunes des zones rurales.
L’idée répond à un problème simple : quand on habite loin d’une grande ville, on n’a pas forcément une imprimante 3D ou une découpeuse laser au coin de la rue. Alors c’est l’atelier qui vient jusqu’à vous.
Mais même un bus à impériale finit par atteindre ses limites.
Ce qui ne tient pas dans un bus
Que se passe-t-il lorsqu’un projet commencé l’après-midi doit durer plusieurs jours ? Quand on ne veut pas seulement découvrir une imprimante 3D, mais modifier plusieurs fois son propre projet ? Ou lorsqu’il faut aussi pouvoir dormir, manger et travailler ensemble ?
Zöllner et Piatza ont trouvé une réponse très saxonne : ils ont acheté un château.
Le château baroque d’Oberlichtenau, près de Pulsnitz, a été construit entre 1726 et 1730 dans le style du baroque tardif saxon. Heinrich, comte von Brühl, l’a acheté en 1744. Endommagé pendant la guerre de Sept Ans, il a échappé de peu à la démolition après 1945. De 1948 à 2005, il a abrité un foyer pour enfants.
Le château doit désormais redevenir un lieu destiné aux jeunes – cette fois sous la forme d’une académie avec ateliers, laboratoires et hébergements.
La future « Académie pour un avenir appliqué » doit accueillir des ateliers numériques et un makerlab, ainsi que des espaces de séminaire et d’événements et des possibilités d’hébergement. Vingt-cinq lits sont annoncés. Hellerau mentionne également des serres et des installations énergétiques propres au site. Des ateliers, écoles d’été et résidences sont prévus. Certaines parties existent déjà, d’autres sont encore en chantier ; le toit est notamment en cours de rénovation, tandis que des hébergements et des ateliers sont aménagés.
Le laboratoire itinérant ne devient donc pas simplement un laboratoire plus grand auquel on aurait retiré les roues. Il devient un lieu où l’on peut rester.
Coudre à côté de l’imprimante 3D
« Avenir » ne signifie pas que tout le monde doit passer ses journées devant un écran.
Sigrun Krause, qui développe à Oberlichtenau des activités pour les enfants et les jeunes, a décrit au MDR les camps d’été envisagés : les jeunes pourraient y camper, travailler avec des imprimantes 3D, coudre et développer leurs propres créations. Des ateliers sont déjà en cours d’installation dans l’un des deux pavillons du château.
La différence est importante. Le FABMOBIL permet de découvrir des technologies et de les essayer. Au château, cette expérience doit pouvoir se transformer en travail sur des projets plus longs. Le réseau Zukunftsorte parle explicitement de transformer l’expérience acquise dans l’éducation numérique mobile en programmes éducatifs permanents et en coopérations avec des écoles et des universités.
Et le mot « fabrication » retrouve ici son sens premier : il s’agit de fabriquer.
L’impression 3D en céramique en est un très bon exemple. Au lieu de faire fondre un filament plastique comme de nombreuses imprimantes 3D ordinaires, on peut déposer couche après couche une pâte céramique malléable jusqu’à obtenir un objet, qui est ensuite travaillé puis cuit.
L’argile rencontre l’ordinateur.
Et en Saxe, justement, cette association n’est pas aussi exotique qu’elle en a l’air.
La trompe imprimée
Meissen se trouve à environ une heure de route d’Oberlichtenau. On y fabrique de la porcelaine depuis plus de 300 ans. Et même cette célèbre tradition a déjà rencontré l’impression 3D.
Dans le projet de recherche « RestaurAM », la Manufacture nationale de porcelaine de Meissen, les Collections nationales de Dresde, l’Institut Fraunhofer des technologies et systèmes céramiques et d’autres partenaires ont étudié comment reconstruire numériquement de petites parties manquantes d’objets historiques en porcelaine et les fabriquer par procédé additif.
L’une de ces pièces était une trompe.
Un vase historique à tête d’éléphant comportait une tête d’éléphant servant d’anse, mais sa trompe était cassée. La partie manquante a été reconstruite numériquement puis reproduite en porcelaine grâce à un procédé d’impression 3D céramique. La trompe de remplacement mesure environ dix centimètres.
Une technologie moderne de fabrication peut donc rendre sa trompe à un vieil éléphant de porcelaine.
À Oberlichtenau, il ne s’agit pas de restaurer la porcelaine de Meissen. Il n’existe pas de lien direct entre ce projet de recherche et la nouvelle académie. Mais cet exemple montre bien ce qui peut devenir intéressant dans un atelier où matériaux traditionnels et outils numériques ne sont pas considérés comme des opposés.
Qui peut avoir une idée pareille ?
Zöllner et Piatza ne sont pas deux bricoleurs amateurs tombés par hasard sur un château. Tous deux sont des professionnels du design.
Christian Zöllner a étudié le design de produit à l’Université des sciences appliquées de Dresde et obtenu son diplôme en 2007. Il a ensuite travaillé dans des studios de design à Paris et à Vienne, fondé le collectif d’art numérique VR/Urban et enseigné dans plusieurs établissements supérieurs. Depuis 2018, il est professeur à l’Université d’art et de design Burg Giebichenstein de Halle, où son travail relie design industriel et création dans des contextes numériques.
Sebastian Piatza est designer produit et travaille à la croisée du design, des médias et des sciences. Il a animé des ateliers, a lui aussi fait partie de VR/Urban et dirige le projet FABMOBIL depuis 2017. Ensemble, ils dirigent le studio de design et de recherche The Constitute.
Oberlichtenau n’est pas non plus pour eux un simple emplacement pratique. Selon le MDR, Zöllner, Piatza et Sigrun Krause ont grandi dans la région. Le projet ramène donc les deux designers dans le territoire dont ils sont eux-mêmes originaires.
Aujourd’hui, le bus revient
Le FABMOBIL n’abandonne pas pour autant ses roues. Aujourd’hui, à partir de 17 heures, le bus noir à impériale sera devant le Festspielhaus Hellerau à Dresde. L’entrée est gratuite. L’Académie pour un avenir appliqué sera également présentée lors de l’ouverture de la HYBRID Biennale.
Pendant ce temps, les travaux se poursuivent à Oberlichtenau. Le château n’est pas encore un campus achevé. C’est justement ce qui rend le projet intéressant : on peut observer comment l’expérience d’un laboratoire itinérant se transforme peu à peu en un lieu permanent.
Près de 300 ans séparent la construction du château baroque de l’idée d’y expérimenter aujourd’hui la robotique, la réalité virtuelle, l’impression 3D, les textiles et d’autres matériaux.
Le bus a montré qu’un atelier pouvait voyager. Le château doit maintenant montrer ce qui devient possible lorsqu’il reste sur place.