Elkano acheva le premier tour du monde – ce soir, son voyage devient musique
Au Festival Jordi Savall, l’Euskal Barrokensemble évoque ce soir Juan Sebastián Elkano. En 1522, il ramena la Victoria en Espagne et acheva un voyage qui transforma la représentation du monde.
Ce soir, le Festival Jordi Savall s’ouvre sur un voyage musical autour du monde. À 22 heures, l’Euskal Barrokensemble présente « Elkano: la primera vuelta al mundo » au sanctuaire de La Serra, à Montblanc. Enrike Solinís dirige l’ensemble, tandis que le comédien Jordi Boixaderas relie la musique au récit. Le Festival Jordi Savall présente ce concert comme un parcours sonore à travers l’Europe, l’Amérique, l’Asie et le Proche-Orient.
Au centre de l’histoire se trouve Juan Sebastián Elkano, dont le nom est beaucoup moins souvent cité hors d’Espagne que celui de Fernand de Magellan. Magellan était portugais, mais l’expédition fut organisée au service de la Couronne de Castille sous Carlos I. En août 1519, cinq navires descendirent d’abord le Guadalquivir depuis Séville. Ils quittèrent ensuite Sanlúcar de Barrameda pour traverser l’Atlantique à la recherche d’une route occidentale vers les îles aux Épices.
L’expédition longea les côtes de l’Amérique du Sud et franchit le détroit qui porterait plus tard le nom de Magellan. Celui-ci n’acheva pas le tour du monde. Il fut tué en avril 1521 sur l’île philippine de Mactan. Après de nouvelles pertes, Elkano prit le commandement de la Victoria. Au lieu de revenir par le même chemin, il conduisit le navire à travers l’océan Indien, puis autour du cap de Bonne-Espérance.
La Victoria atteignit Sanlúcar de Barrameda le 6 septembre 1522. Deux jours plus tard, elle remonta le Guadalquivir jusqu’à Séville. Sur les plusieurs centaines de participants du départ, seuls 18 hommes revinrent à bord. Après son arrivée, Elkano écrivit à Carlos I qu’ils avaient accompli quelque chose d’extraordinaire : le tour complet de la rotondité du monde.
Il est donc plus juste de ne pas parler uniquement du tour du monde de Magellan. Celui-ci dirigea l’expédition, découvrit le passage vers le Pacifique et en détermina profondément le cours. Mais le premier tour du monde documenté fut achevé par Elkano et les hommes revenus à bord de la Victoria.
Le concert ne raconte pas cette histoire comme une leçon universitaire. Le projet « Juan Sebastián Elkano – The First Voyage Round the World » associe traditions basques, musiques de la Renaissance et du premier Baroque, ainsi que des sonorités liées aux différentes régions évoquées par le voyage. Le vaste double album paru en 2019 comprend notamment le chant basque de rameurs « Ale, arraunean », « Pabanea », des musiques associées au départ de Séville, un passage du journal d’Antonio Pigafetta et la lettre d’Elkano à Charles Quint. Ces exemples appartiennent au projet complet ; la liste intégrale des morceaux du concert de ce soir n’a pas été publiée.
L’histoire revient ainsi à un point de départ européen : de vieilles pierres sous un ciel nocturne, où des musiciens et un narrateur rendent de nouveau audible un voyage vieux de plus de cinq cents ans. Magellan ouvrit la voie. Elkano ramena un navire et, avec lui, la preuve concrète que le monde pouvait être contourné par la mer.