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Découvrir la culture européenne · 10 octobre 2026

Qui raconte ce qui s’est passé ?

Le 26 avril 1937, Gernika est bombardée. Presque aussitôt commence aussi la bataille autour de ce qui se serait passé. Près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des jeunes de quatre pays européens cherchent leur propre réponse par le rap, la voix et le mouvement.

Scène dessinée montrant quatre jeunes artistes rappant, chantant et dansant devant une ville fragmentée en formes cubistes.
Une histoire, plusieurs formes d'expression : notre illustration rapproche le langage visuel fragmenté de la modernité du rap, de la voix et du mouvement d'aujourd'hui. Source de l'image: ISKRA SMOKA

Une ville est en ruines. Il y a des morts, des blessés et des personnes en fuite. Et avant même que toutes les victimes aient été retrouvées, deux récits de ce qui s'est passé circulent déjà.

Le 26 avril 1937, les forces aériennes allemandes et italiennes bombardent Gernika en soutien aux troupes nationalistes de Franco. Ensuite, le camp nationaliste nie sa responsabilité et affirme que la ville a été détruite par les républicains ou par ses propres habitants. Des journalistes étrangers rendent au contraire compte du bombardement aérien et contribuent à empêcher cette version de s'imposer complètement. Sous la dictature franquiste qui suit, la mémoire du bombardement continue d'être réprimée.

Ce n'est donc pas seulement une attaque contre une ville. C'est aussi le début d'une lutte pour savoir qui peut raconter son histoire.

Un tableau sans avions

À Paris, un homme suit ces nouvelles avec une attention particulière.

Pablo Picasso a déjà reçu du gouvernement de la République espagnole la commande d'une grande œuvre pour le pavillon espagnol de l'Exposition internationale de Paris. Mais il travaille d'abord sur un autre sujet. Puis les nouvelles et les photographies de Gernika lui parviennent. Le 1er mai 1937, Picasso commence à travailler sur « Guernica ».

Ce qui est étrange, c'est que celui qui cherche dans cette toile de près de huit mètres de large une explication de l'attaque ne la trouvera pas. Rien n'indique quelle armée est responsable. Il n'y a ni carte ni chronologie. Picasso ne montre même pas les avions qui ont bombardé Gernika.

À la place, nous voyons une mère avec son enfant mort, un cheval blessé, un taureau, des visages déformés, un corps démembré et des êtres saisis par la peur.

Pour quelqu'un qui comprenait peu l'art moderne en 1937, ce n'était certainement pas la manière la plus simple d'apprendre ce qui s'était passé à Gernika. Le mensonge était bien plus facile à comprendre : les autres auraient eux-mêmes détruit la ville.

Le tableau de Picasso fonctionne autrement. Il ne peut pas prouver quels avions ont survolé Gernika. Pour cela, il y a les témoins, les journalistes, les photographies et d'autres sources. Mais il donne à l'horreur une image capable de voyager. « Guernica » devient, bien au-delà de cette attaque précise, un symbole contre la violence de la guerre.

Aujourd'hui, l'original est exposé au Museo Reina Sofía à Madrid. Mais son nom ramène toujours à une petite ville basque.

Et c'est là qu'une nouvelle réponse est en train de naître.

Quatre écoles, près de 200 candidatures

Depuis le 3 octobre, des jeunes d'Estonie, de Grèce, d'Italie et d'Espagne travaillent ensemble à Gernika. Âgés de 16 à 19 ans, ils viennent de quatre établissements sélectionnés pour « Sound in the Silence 2026 » : Põlva Gymnasium en Estonie, Gymnasio me Lykeiakes Takseis Xirokampiou Lakonias en Grèce, Liceo Carlo Tenca en Italie et Sarriguren Secondary School en Espagne.

Le choix était vaste : près de 200 écoles de toute l'Europe avaient posé leur candidature.

Pendant une semaine, les jeunes explorent le bombardement, l'expérience des civils, le déplacement, la mémoire et la désinformation qui a accompagné l'attaque dès le début. Ils ne travaillent pas seulement avec des livres d'histoire. Les sources historiques, les témoignages personnels et la ville elle-même servent de points de départ.

Les ateliers parallèles destinés aux enseignants abordent eux aussi explicitement « Gernika and Fake News » ainsi que la manière dont les récits historiques peuvent être construits et manipulés.

Cela correspond étonnamment bien à une histoire dans laquelle, dès 1937, deux récits totalement différents se disputaient déjà le statut de vérité.

Qu'en fait-on ?

On pourrait demander aux jeunes de préparer un exposé.

Ce n'est justement pas ce qui se passe.

L'artiste hip-hop américain Dan Wolf, directeur artistique du projet, travaille avec eux sur l'écriture créative et le rap. La chorégraphe et danseuse Kat Rampackova dirige le travail sur le mouvement et la danse. Sean Palmer, performer, musicien et compositeur, travaille sur la voix, le son et la musicalité. À partir de ces différentes formes d'expression, les jeunes élaborent ensemble textes, univers sonore et chorégraphie.

Lorsque la semaine du projet a commencé, le 3 octobre, cette performance n'existait pas encore. Ce n'est qu'au fil des derniers jours que les rencontres avec le lieu, les sources et les récits se sont transformées en textes, mouvements et sons originaux.

C'est précisément ce qui rend l'expérience passionnante. Les jeunes ne doivent pas rejouer le « Guernica » de Picasso. Ils doivent trouver leur propre forme.

Picasso avait la peinture, la toile et des formes que beaucoup de gens devaient encore apprendre à déchiffrer en 1937. Ces jeunes ont le langage, le corps, le rythme et la voix.

Mais les uns et les autres font face à une question similaire :

Comment raconter quelque chose lorsque d'autres ont déjà essayé d'en modifier l'histoire ?

Ce soir

Aujourd'hui, 10 octobre, les résultats de cette semaine deviennent publics. La performance finale commence à 18 heures à Gernika, passe par les rues de la ville et rejoint le Musée de la Paix. Ensuite, public, jeunes, artistes, enseignants et organisateurs pourront échanger. L'entrée est gratuite.

Au moment où nous préparons cet article, nous ne connaissons pas encore les différents textes ni les scènes. Nous ignorons si quelqu'un rappera pendant que d'autres garderont le silence, si un mouvement évoquera un lieu détruit, si une phrase tirée d'un témoignage historique apparaîtra ou si les jeunes ont imaginé quelque chose auquel nous n'aurions jamais pensé.

Laissons-leur cette décision.

Car « Sound in the Silence » ne demande pas seulement à ces jeunes ce qui s'est passé à Gernika en 1937. Le projet leur confie une tâche plus difficile : décider comment ils veulent le raconter.

En 1937, Picasso a eu besoin pour cela d'une immense toile.

Ce soir, nous verrons et entendrons ce dont ont besoin quatre groupes de jeunes Européens.